Programme 2015/2016: Camille Saint-Saëns

PROGRAMME 2015-2016: CAMILLE SAINT-SAËNS

Camille Saint-Saëns

CAMILLE SAINT-SAËNS (1835-1921)

Né à Paris le 9 octobre 1835, Camille Saint-Saëns se révèle très vite un pianiste prodige, donnant son premier concert à l’âge de onze ans, avec au programme le Troisième concerto de Beethoven et le concerto n° 15 de Mozart.

Tout en poursuivant une brillante scolarité, il entre au conservatoire où il étudie l’orgue et la composition avec les grands maîtres de l’époque et termine ses études musicales en 1851 avec le prix d’orgue, alors qu’il n’a que seize ans.

Après sa sortie du Conservatoire, Saint-Saëns mène de front une carrière d’organiste en l’Église Saint-Merri puis en l’Église de la Madeleine et une carrière de compositeur, écrivant sa Première Symphonie en 1853. Il obtient en 1861 un poste de professeur de piano à l’École Niedermeyer (il y enseignera à Gabriel Fauré et André Messager entre autres). Mais il donne aussi de nombreux concerts en France et à l’étranger, écrit des articles pour la presse musicale, fait des recherches de musicologie et fonde en 1871, avec César Franck, Gabriel Fauré et Édouard Lalo, la Société nationale de musique dont le but est de favoriser la diffusion des œuvres écrites par les compositeurs français contemporains. Il apparaît alors non seulement comme un compositeur de renom mais aussi comme un homme très actif et très engagé dans la vie publique sinon politique.

Tout au long des années, la renommée de Saint-Saëns ne cesse de croître, en France – où il est élu à l’Académie des Beaux-Arts en 1881 et promu officier de la Légion d’honneur en 1884 – mais aussi dans le monde (il fera par exemple plusieurs séjours à Saint-Pétersbourg à l’invitation de la Société russe de musique).

Par contraste avec sa vie professionnelle, la vie privée de Saint-Saëns apparaît comme très douloureuse. Sa vie familiale est affreusement endeuillée en 1878 par la mort successive de leurs deux fils en bas âge, le premier après une chute accidentelle du balcon de l’appartement familial, le second probablement d’une pneumonie alors qu’il était placé en nourrice. Les époux se sépareront définitivement en 1881 sans toutefois divorcer.

À partir de 1888, année de la mort de sa mère, Saint-Saëns voyage beaucoup, se produit dans de nombreux pays du monde qui l’accueillent avec enthousiasme et lui prodiguent de nombreuses marques de reconnaissance, c’est ainsi par exemple qu’il sera nommé docteur honoris causa de l’Université de Cambridge.

Parallèlement à sa carrière musicale, Saint-Saëns écrit pour le théâtre des comédies : « La crampe de l’écrivain », représenté pour la première fois à Alger en 1892, « le roi Apepi », donné à Béziers en 1902.

La fin du XIX et le début du XXème siècles voient la consécration du compositeur : ses œuvres sont jouées avec succès ( par exemple sa cantate « Le Feu céleste » lors de l’inauguration de l’exposition universelle de 1900), les distinctions pleuvent (en 1900 il est fait commandeur, en 1913 Grand-Croix de la Légion d’honneur, en 1901 il est élu Président de l‘Académie des Beaux-Arts), les expériences musicales se multiplient (il compose en 1908 la toute première musique de cinéma pour « l’ Assassinat du Duc de Guise », film de Charles Le Bargy and André Calmettes, adapté par Henri Lavedan,figure de proue du Film d’Art, et donne de nombreux concerts aux États-Unis), les hommages abondent (son 70ème anniversaire est célébré par un grand concert aux Arènes de Béziers).

Les dernières années de sa vie sont marquées, en France, par un certain détachement du public vis-à-vis de sa musique qui, confrontée à celle de Maurice Ravel, Claude Debussy ou Arnold Schönberg, est jugée dépassée. En revanche, sa réputation reste considérable dans les pays anglo-saxons, et particulièrement aux États-Unis où sa tournée en 1915 remportera un grand succès.

Il meurt à Alger, ville dans laquelle il a souvent séjourné et travaillé, le 16 Décembre 1921. Ses funérailles sont célébrées en l’Église de la Madeleine à Paris et sa dépouille inhumée au cimetière du Montparnasse.

LA MESSE DE REQUIEM

C’est afin d’honorer un engagement imposé par Albert Libon qui lui avait légué une somme de cent mille francs « pour le soustraire à la servitude de l’orgue de la Madeleine et lui permettre de se consacrer exclusivement à la composition musicale » que Saint-Saëns composa en huit jours cette Messe de requiem après la mort de son bienfaiteur en avril 1878. Peu de temps après la création de ce Requiem le 22 mai 1878 à Saint-Sulpice, et par une affreuse ironie du sort, Saint-Saëns affronta en quelques semaines la mort de ses deux jeunes enfants.

Écrite par un homme qui déclara : « Je ne suis pas presque incroyant, je le suis absolument, ayant été très croyant dans ma première jeunesse », et qui assura aussi « En art, la sainteté n’existe pas; il faut du talent, il faut du style; et où le grand style se réfugiera-t-il, si ce n’est dans l’église où les applaudissements, les succès, ces misères de l’art, n’existent pas », ce Requiem est cependant une œuvre sacrée d’une grande ferveur et d’une grande puissance.

Dans le Requiem-Kyrie (1), le Kyrie eleison se dégage peu à peu du Requiem aeternam pour être opposé au verset Ad te omnis et finit par s’imposer avec éclat avant de terminer le mouvement dans un sentiment de désolation résignée. Le Dies irae (2), tout en contraste est sans doute le fragment le plus spectaculaire de l’œuvre : frémissement effrayé de l’orchestre et de la déclamation, oppositions, chœur recto tono à l’unisson précèdent l’apaisement de la tempête, le ténor et le chœur se faisant finalement implorant avec le Quid sum miser. L’émotion qui se dégage du Rex tremendae (3) vient du jeu de la structure, opposant les soli très mélodiques du ténor aux interventions discrètes du chœur sur des harmonies subtiles. De l’Oro supplex (4) se dégage une saveur vaguement orientalisante issue de la souplesse du rythme et des harmonies chromatiques. Le Hostias (5) et le Sanctus (6), d’écriture plus sage, devancent un Benedictus (7) qui rappelle l’ambiance finale du chœur de la Damnation de Faust de Berlioz, œuvre admirée par Saint-Saëns. L’Agnus dei (8), enfin, réemprunte les éléments du début du Kyrie et du Quid sum miser chanté par le ténor dans le Dies irae et introduit la partie chorale la plus mélodique de la partition.

Cette messe de Requiem, par l’habileté de sa structure, la subtilité de l’écriture et une concision qui ne nuit ni à la diversité et à la profondeur des sentiments exprimés, ni à la force de la religiosité, est l’une des compositions de Saint-Saëns les plus belles dans le domaine religieux.

D’après Yves Gérard